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L'ART D'ECOUTER

11 Juillet 2013, 17:45pm

Publié par Pierre Kerroch

J'ai récemment fait la connaissance d'une personne et ça m'a donné une grande leçon. Le monsieur était à une table au soleil, je me suis assis à sa table et on a commencé à parler. Il paraissait très sympa. Mais au bout d'un moment, il me dit que dans sa région on ne veut pas des noirs, des arabes, et des "chinois" ("Les Jaunes"). Il était raciste à l'extrême, se plaignait de tout, faisait tout le temps des grimaces de dégoût en parlant en disant tout le temps "C'est dégueulasse, c'est immonde, c'est répugnant, c'est de la merde, etc." J'ai du parler 2 heures avec lui. Ca m'est arrivé plusieurs fois, de parler à des personnes "de ce type", dont une j'en ai fait un article (un néo-nazi qui se révéla très sympa), et bien celui-là c'est pareil. D'abord, je veux dire que je ne crois pas du tout à l'attitude rationaliste qui aurait essayé de persuader le monsieur que les Noirs, les Arabes et les "Jaunes" n'étaient pas forcément mauvais en soi. La raison, bordel de merde, n'a rien à voir là-dedans!!! J'ai l'impression qu'au fond d'eux les rationnels (purs) ont un sentiment de supériorité intellectuelle, c'est dégoûtant. Bon, au lieu de le persuader de quoique ce soit, je l'ai écouté. Mais il y a un art d'écouter les personnes comme ça, c'es de montrer que tu es attentif (et tu l'es vraiment), à ce qu'elle dit, car au fond, les personnes qui se plaignent comme ça ne cherchent que de l'attention qu'ils n'ont pas assez eue dans l'enfance. Une fois que tu te montres en état de DISPONIBILITE TOTALE, là ils changent de discours et font l'éloge du monde, ont de l'humour et sont beaucoup plus sereins (dans la respiration, dans le discours, dans les gestes, dans les regards, ça il faut apprendre à le percevoir). Toi tu n'as rien exprimé activement, mais pour transformer quelqu'un il ne faut pas forcément lui parler, parfois il s'agit de bien l'écouter. En fin de compte tu ne le transformes pas mais il se transforme tout seul. Il voit qu'il est le centre de quelque chose, d'une attention, alors la peur d'être abandonné se dissipe. Tu comprends? Je pense que tout ce qu'on fait est issu de la façon dont on s'est occupé de nous étant bébé, enfant, adolescent. Il faut savoir remarquer ces trucs-là. Ca nécessite un peu d'introspection non? Même un grand sage peut-être un enfant insatisfait. L'enfant est un bombe d'amour, il aime et aime, mais quand il ne trouve pas de réponse à son amour (amour à sens unique), la haine (amour insatisfait et/ou inutilisé) arrive. L'autre jour je voyais un monsieur très élégant, en balade du dimanche avec une secrétaire à ses côtés, il lui parlais de ses insatisfactions. J'ai eu un coup dans le coeur et ça m'est monté à la tête: à travers sa secrétaire il parlait en fait à sa mère; il utilisait une figure féminine, et en surface il parle de ses associés qui l'emmerdent à sa secrétaire, mais moi je savais (comment? ça se trouve je me goure totalement!) qu'au fond il parlait à sa mère de ses frères et soeurs dont il était l'aîné et devait toujours donner l'exemple. C'est mon intuition qui me disait ça, c'était la certitude totale. Derrière nos airs de grands adultes, d'expérimentés de la vie, il y a des enfants plein d'émotions! Mais ça on ne veut pas montrer, donc l'utiliser.

Imagine par exemple un homme au service de la nation. Il utilise la nation car elle est hermaphrodite. L'Etat peut être paternel -autoritaire, protecteur, éducateur- et maternel -généreux, pacificateur, matriciel... On dit d'ailleurs tout le temps la Mère Nation ou la Patrie (de pater: père). L'Etat est une figure parentale. Et bien tu peux voir que celui qui est au service de la nation, un président, un ministre (dans la défense par exemple) ça peut être pour ré-équilibrer la situation de ses parents. Ce que je veux dire, c'est que sous n'importe quelle apparence, ces jeux d'enfants de cachent. On croit que notre vie est une suite de choix individuels mais ils sont soumis à une pression de millions d'images en nous. En avoir conscience c'est le cheminement vers la vraie liberté.

Mais oui! L'autre jour à Brocéliande, j'ai eu exactement ça comme intuition. Alors je me suis dit, mais non, regarde, je veux toucher cet arbre (là je touche l'arbre) et bien je peux choisir, je suis libre! Mais je me suis rendu compte que tout mon corps s'était mis en marche pour faire cette action, et que je n'ai pas choisi mon corps. L'individualité était donc une semi-illusion: car des centaines de milliards de cellules s'étaient mis en marche pour que je touche cet arbre. Tu vois on dirait de la philosophie mais ce que je dis est bien plus: car savoir qu'à chaque fois qu'on fait une action n'importe laquelle, c'est la coopération de milliards d'individus en nous (nos cellules), c'est une grande aide! Donc ça peut être très utile! Et dans chaque cellule, tu as l'ADN de toute l'espèce humaine, dans le code génétique, de tous tes ancêtres. Donc chacune de tes actions que tu crois individuelles est en fait une immense association et une parfaite coopération entre des milliards et des milliards d'individus.

Je parlais de quoi au début? Oui je parlais de l'écoute, une sorte d'écoute thérapeutique en fait. Ce dont certaines personnes ont besoin c'est pas forcément des conseils, mais simplement de l'écoute. Certains font 10 ans de psychanalyse avec une personne qui peut ne faire que les écouter, ça leur fait déjà un grand bien! Mais pourquoi doit-on en arriver là? Le psychothérapeute devient alors un substitut parental qui infantilise le patient, qui va parler de son nombril pourrissant et malade pendant 10 ans. Et pour 10 000 euros en 10 ans il aura pris conscience qu'il n'a pas reçu assez l'affection de ses parents durant l'enfance, ou bien qu'il a voulu coucher avec sa mère et tuer son père. La psychanalyse est vraiment morte, une sorte de secte bourgeoise, une PSYCHOMAFIA. On peut s'inspirer DES psychanalyses mais pas de ces psychomafieux qui utilisent Freud, que je n'ai jamais lu (pour l'instant) mais qui me paraît horriblement froid dans ses démarches, pas humain. C'est le type exact du froid scientifique positiviste issu du XIXè siècle bourgeois, mais qui a quand même Osé. Mais là je parle de choses dont je ne connais rien.

Je me souviens d'un petit conte: un disciple vient voir un grand maître: -maître, apprenez-moi l'art de la conversation - d'accord, assieds-toi. Ils sont assis l'un en face de l'autre et le maître ne dit rien. Il s'écoule 15 minutes alors le disciple dit -mais maître, je veux apprendre à tenir des conversations et on ne parle pas - d'accord, dit le maître, recommençons. 1 heure s'écoule et le disciple se met en colère -Mais maître, je croyais que vous m'apprendriez l'art de la conversation mais vous ne faites rien!!! et le maître répond - tu n'as rien retenu de la leçon, je t'apprenais le silence et l'écoute, ce qui est l'essence même de la conversation.

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