CONTE RENDU
Voilà le conte rendu de mon voyage dans la forêt de Brocéliande. Je devais y aller pour faire ce "Grand Ecart" que faisaient les druides à leur époque, ils se retiraient dans le nemeton, le coeur de la forêt, afin de communiquer avec le divin. J'y allais donc pour une raison spirituelle mais aussi artistique, ce qui ne fait pas de différence dans ma démarche, car je faisais des repérages pour mon prochain film que je vais tourner à Brocéliande.
Je veux d'abord dire que je voyais ce trip en forêt comme une auto-initation, durant 3 jours, je n'ai donc pas mangé (sauf en repartant à Rennes, et quelques bouts de pain), pas bu (un litre et demi d'eau chaude), pas dormi (2 heures max par nuit). Je dormais sur les rochers, à la belle étoile, je marchais toute la journée, je méditais, etc. Je ne sais pas par où commencer mais je peux dire qu'en gros j'ai eu un aperçu de ce qu'était une auto-INITIATION. Un aperçu.
J'ai visité principalement le chêne à Guillotin, la fontaine de Barenton, le Val sans retour, le miroir aux fées, l'hotié de Viviane. Le reste fut parcourt en forêt. Un phrase peut résumer ça: "Il faut d'abord se perdre pour pouvoir se retrouver." Là bas je n'ai pas voulu écrire car ça interférait dans l'expérience. J'ai eu des rêves en état de veille, des états hors du temps, des émerveillements, etc. Ca serait donc bête de le raconter rationnellement, j'en ai fait par contre quelques poèmes, que je vais articler sur ce blog.
Je vais écrire quelques leçons que j'ai retenues. Ce que nous apprend la forêt. C'est une transcription des quelques écrits rationnels que j'ai notés.
"C'est le règne de l'analogie et du non-localisé: Je ne sais pas où je suis mais les choses se ressemblent." Ca ça peut servir, nous ne savons pas ce que nous faisons là, mais nous pouvons trouver des analogies, des affinités entre nous et notre environnement (social, naturel, cosmique...).
"Apprendre que pour avancer, il faut se déplacer en spirale, car en forêt, si tu marches tout droit, tu tournes en rond." Oui c'est un paradoxe de la forêt, chaque fois que tu crois aller tout droit, tu reviens au même point. Dans la forêt ce n'est pas la raison qui marche, c'est le coeur et l'instinct. J'en ai tiré une leçon: le meilleur chemin qui mène d'un point à un autre, ce n'est pas le plus droit, mais le plus beau. Quand tu es en forêt sans connaître, tu empruntes (empreintes) des chemins mais il n'y a pas d'indication, alors tu y vas à l'instinct, et moi c'est ce que j'ai appliqué, ça marchait pour TROUVER CE QUE JE NE CHERCHAIS PAS. Ca me disait aussi que pour arriver là où c'est inconnu et nouveau, on doit cesser d'imaginer, et se laisser aller.
"Je ne sais pas où je suis, mais je suis en forêt." Oui, je ne suis pas où je suis, mais JE SUIS LA. Et c'est ça la merveille, être là même si on sait pas pourquoi.
"La forêt nous apprend que quelque chose nous rêve. Quelque chose d'atemporel. C'est pour ça que j'ai des impressions de "déjà vécu" tout le temps." Bon. Quand j'étais en forêt, j'avais l'impression de revivre quelque chose, d'être dans un temps mythique, arrêté, dans l'éternité, et qu'une puissance me rêvait. Comme si elle avait déjà rêvé que j'empruntais tel ou tel chemin, que je faisais tel geste, etc. Et qu'elle le rêvera encore une infinité de fois. J'ai cru ressentir une version à ma sauce de l'Eternel Retour de Friedrich Nietzsche, vision que lui a vécue au début du mois d'août 1881, au bord d'un lac à Sils Maria (je crois), alors qu'il se promenait il est arrivé devant une pierre de forme pyramidale, et a eu cette vision, apothéose de sa philosophie. J'ai cru en avoir ma version, pas intellectuelle, mais vécue, et c'était... Magnifique?? On se rend compte que tout l'univers "passé" "présent" et "futur" converge pour créer l'instant que tu vis, chaque détail, et que l'Instant est éternel. Donc, l'Instant est identique à lui-même, chaque moment qu'on vit s'est déjà produit une infinité de fois et se reproduira une infinité de fois de manière totalement identique. C'est l'Eternel retour de l'Identique. La question c'est est-ce que tu acceptes ça? Et bien il faudrait vivre de manière à ce que tu veuilles que ça se répète un infinité de fois de manière identique. "C'est la plus haute affirmation de l'être." Voilà la Joie nietzschéenne, faire l'expérience (pas qu'intellectuelle, mais vécue) de cet éternel retour de toute chose.
Ha oui voilà la plus grande prise de conscience qui m'a transformée: "En forêt on peut être n'importe qui, qui on veut, à condition d'avoir durement pris conscience de qui on n'est pas." D'abord, c'es vrai qu'on peut être qui on veut en forêt, tu peux faire ce que tu veux, crier, sauter, danser, chanter, redevenir un enfant, te ré-inventer, faire des choses que tu pensais pas pouvoir faire, etc. Ensuite, si je vous ai dit que c'était une initiation, je n'ai pas menti, je l'ai ressenti comme ça. J'ai eu DES TAS DE PENSEES NEGATIVES, de tas des visions négatives, des tas de sensations négatives. Car quand tu es seul, sans repère dans un vaste endroit VIVANT (la forêt), que tu ne manges pas, qu'il fait 30 degrés, que tu ne bois pas, que tu ne dors pas, que tu marches sans t'arrêter, parfois avec de longues pentes ascendantes, et bien TU LE SENS. J'ai vécu quelque chose donc que je vais théoriser là avec des mots. Quand on est dans cet état, je pense que le corps se sent en danger, se met en état d'alerte, et est extrêmement sensible à son environnement et à son fonctionnement interne. Ta conscience se modifie car les informations qui lui parviennent sont plus précises, plus nombreuses, plus intenses, et ton activité mentale est comme 100 000 ordinateurs. Tu peux percevoir alors plein de choses. Physiologiquement, tes pupilles se dilatent, tu reçois beaucoup plus de lumière de l'extérieur, mais tu projettes aussi beaucoup plus ton état inconscient sur ton environnement. A un moment, tu sembles même te confondre avec ton environnement. On peut appeler ça un état d'extase. Il n'y a plus qu'un seul flux de lumière entre toi et l'environnement, il n'y a plus de distinction entre "ce qu'il y a à l'intérieur de moi" et "ce qu'il y a à l'extérieur de moi". Je pense qu'on atteint alors une perception corporelle, où le mental devient corporel. Le corps ne fait qu'un avec son environnement, il respire, par les pores, il ne fait qu'un, mais le mental est coupé de ce type de perception unitaire. Le corps a une conscience matérielle, atomique. C'est incroyable, comme s'il n'y avait pas de séparation entre toutes les cellules biologiques de la nature: celles du corps, des arbres, dans l'air, dans les animaux, etc. Ca paraît très chamanique ce que je dis, sans doute. Mais j'ai vécu qu'à un moment notre conscience ne fait qu'un avec cette conscience matérielle de l'univers. Je pourrais en faire un roman explicatif, une théorie de l'univers, mais je ne pense pas que le langage rationnel soit bon pour ça. L'art oui, mais pas les mots rationnels: l'univers n'est pas rationnel, il est relationnel.
Bref, le corps est donc beaucoup plus sensible à ses états internes, et j'ai fait l'expérience d'une certaine partie de l'inconscient collectif. Ca veut dire que je percevais la multiplicité des moi qui m'animent. "Dans l'initiation, tu fais d'abord l'expérience de ta multiplicité, qui sont en fait tous tes ego, des personnages qui veulent et croient prendre la totalité de ton être." Ces ego que j'ai perçus sont ceux qui apparaissent dans nos accès de colère, nos tristesses, nos coup de blues, nos méchancetés, nos vides inexplicables, j'ai fait l'expérience de ma négativité, de ma multiplicité intérieure. On n'est pas le même devant sa femme, ses enfants, son amant(e), son patron, son banquier, dans ses rêves... Car un théâtre agit en nous et des masques fabriqués permutent leurs rôles selon les situations. Une fois qu'on prend conscience de tous ces personnages (qui varient à l'infini, donc c'est impossible) et bien c'est plus clair pour nous de savoir quel est l'être le plus essentiel en nous, celui qui correspond le plus à ce que nous sommes. Tu te rends compte que c'est pas toi qui es triste, qui te mets en colère, qui as de la haine, etc. C'est des couches infantiles du cerveau qui veulent régner et pomper notre sang vital. "Donc, dans l'initiation, que ça soit par les rites, les rêves, tu prends conscience de toutes tes multiplicités de moi qui sont en chaque être humain qui aborde son inconscient collectif: le zoophile, le nécrophile, le cannibale, l'incestueux, etc. C'est terrible mais il faut passer par là, reconnaître comme on est vaste, tu vois d'abord l'étendue de tes ombres, tu es très très vaste mais en toi c'est trop le désordre. Alors le travail après c'est de mettre de l'ordre, de purifier. Ensuite tout ce que tu as accumulé tu le donnes aux autres." Ca nous montre que chacun de nous est aussi vaste que l'univers vu que l'univers entier se trouve en chacun de nous. Je crois que c'est un bon pas dans le "Connais-toi toi-même" écrit au fronton du temple de Delphes, suivi de l'adage: "Rien en trop", en gros devenir ce que nous sommes vraiment et pas ce que les autres ont voulu que l'on soit. Ainsi au lieu d'appeler ça l'expérience du Négatif ou l'expérience des Multiplicités, je vais appeler ça l'expérience des Contradictions, car tu passes du Négatif à un état très positif, d'émerveillement, d'extase, de ravissement, de syntonie, de Joie.
Ha oui. "Faire semblant, faire "comme si" est une expérience corporelle aussi vraie qu'une action "vraie". C'est juste l'intellect qui fait la différence." Le corps accepte ce que l'intellect nomme "illusion". Comment vous dire... Le premier jour, après 7 heures de marche, de façon spontanée, j'ai fait semblant de cueillir un champignon hallucinogène au sol, j'ai fait semblant de le manger, alors je me suis contorsionné, convulsé en criant, en modifiant ma voix, en faisait des gestes de dégoûts et des grimaces. J'ai eu des effets hallucinatoires pendant (??) je ne sais pas peut-être deux heures, des vrais kaléidoscopes et tout le reste. Car l'intensité physique que ressent le corps, il l'accepte. Dans un rêve, on peut se noyer, et se réveiller sans souffle, le coeur à 1000 à l'heure! On peut même avoir des orgasmes oniriques sans que quelqu'un nous touche, le rêve fait tout! Le corps accepte l'expérience qui est jugée "fausse" par l'intellect. Mais UN GESTE NE MENT PAS, la chair n'illusionne pas! La vérité du corps n'est pas celle de l'intellect. Ce qu'il faut alors c'est trouver aussi un moyen de séduire l'inconscient et le mental, pour qu'il cesse de faire barrière, et pour ça, il faut de l'esthétique, des symboles, des métaphores. Ce que je vous dit est une des bases de la sorcellerie et de la magie opératoire. Par définition pour le corps aucune expérience n'est fausse.
"Là à côté de moi ya une mamie qui parle à sa petite fille dans la poussette, elle lui parle comme un chien (elle ne lui parle pas mal, elle lui parle comme à un animal domestique). Elle montre "l'attraction" (le bébé) à un groupe de vieillards. Pour attirer son attention elle fait comme pour un chien. C'est un meurtre! Plus tard la petite fille aboiera, se prendra pour un canin dans son mode de vie, rongera des heures durant les os du poulet rôti, ne pourra jamais jouer au football car elle mordra et déchirera le ballon, et puis son mari, qui sera chinois (Chine donne chien en anagramme) et qui profitera des niches fiscales (niche donne chien aussi) se demandera pourquoi elle lui demande de la prendre comme une chienne! Ca me fait beaucoup rire parce que tandis que j'écris il sont juste à côté de moi sur le banc." C'est vrai ça rejoint ce que je dis, dans sa multiplicité intérieure, elle aura peut-être un chien psychique avec lequel régler ses problèmes. Et ne rigole pas, car j'ai lu un cas très connu, un psychiatre (Claude Lorin) en a fait un article reconnu qui parlait de "Samia, l'enfant-chien", ses parents lui parlaient comme à un petit chien, et pendant toute son adolescence elle se prenait pour un chien, elle a du faire des années de psychothérapie pour reprendre une vie normale.
Je sais pas pourquoi j'y pense du coup mais j'ai vu aux info à la télé qu'un couple avait eu un enfant par insémination artificielle, on a mis l'embryon dans le ventre de la maman avec un éprouvette, malheureusement l'enfant est née avec quelques problèmes mentaux et physiques, mais les parents sont comblés, très heureux, car ils avaient une maladie génétique, et ne pouvaient avoir d'enfant. Et ils ont appelé leur fille Mila, c'est un très très beau nom, j'aime beaucoup, eux aussi apparemment, mais ça n'a rien d'innocent d'appeler un enfant né par insémination artificielle Mila, c'est bien parce l'enfant a été "Mis Là", pour moi c'est certain. Comme une femme s'appelant Sylvie (son 2ème nom est Renée) qui se sent "double, ou pas entièrement elle-même", et qui fait des crises psychotiques, et à ses 40 ans (!) ses parents lui avouent qu'elle est née après un frère mort-né, grand secret de famille. Alors ils ont appelé leur fille "Renée" (pour symboliser la renaissance de leur fils, "Re-Né") mais ont préféré Sylvie (qui n'est pas innocent si on l'entend "S'Il Vit").
Bref petite parenthèse je continue. "Toutes les maladies psychiques nous les avons chacun de nous mais pas de façon crisique. Schizophrénie: qui ne monologue jamais avec lui-même? Paranoïa: c'est mettre du sens là où il ne paraît ne pas y en avoir. Mais c'est ce qu'on fait tous!" C'est vrai que le monde ne semble pas avoir de sens (vu qu'il a changé à toutes époques dans tous les lieux de l'humanité), donc peut prendre tous les sens possibles qu'on lui donne, mais c'est une des définitions de la paranoïa: donner du sens là où il n'y en a pas. Et on donne du sens à nos vies (être heureux, donner à ses enfants, avoir un bon métier, un bon compagnon etc); Ce que je voulais dire alors, c'est que nous avons tous ces "pathologies normales", mais pas de façon accentuée: elles sont par contre à la base de la connaissance humaine: la schizophrénie est une inflation du mono-dia-logue intérieur. La paranoïa est une inflation de notre faculté de donner du sens. Prenez n'importe quelle pathologie vous la trouverez en chaque humain mais pas en état de crise.
Au moins cette "initiation" dans la forêt vous apparaîtra sans doute comme une investigation psychologique de fond. Mais ça n'est pas du tout ça, enfin un peu mais ce n'est pas ça dans l'essentiel. Je vais alors publier des poèmes que j'ai écrits à Brocéliande. Ha oui, un moment je me suis "retrouvé perdu" dans la forêt, en pensant réellement que j'allais y rester toute ma vie car ça faisait des heures que je cherchais une issue. J'ai noté alors un truc très applicable à la vie quotidienne: "Quoiqu'il se passe, ne jamais abandonner. Avoir - Confiance - Patience - Conscience." Car les choses sont comme un test, c'est vraiment comme si la vie nous testait pour qu'on se surpasse à chaque difficulté, mais quand on a vraiment confiance dans la vie alors on peut tout surmonter avec même de la joie. Comme si (c'est pas ce que je dis) les choses se résumaient à une suite d'entrées en crises et de métamorphoses sans fin...
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