AUTO-INTERVIEW (2)
D'où est venue cette amour de chanter?
Je crois que j'ai commencé à chanter quand je devais avoir 3 ou 4 ans, et pendant toute mon enfance mais sans m'en rendre compte. En fait, j'avais des peluches, et à chacune, je leur donnais des voix, des personnalités, des histoires. Mais surtout des voix, plein de voix différentes. Je crois que j'ai appris comme ça à jouer avec ma voix, car pour moi c'est ça chanter, c'est pas faire de l'opéra ou des chants parfaits, c'est jouer avec le corps, et avec la voix du même coup. Pour moi chanter c'est avoir l'amour de la métamorphose. Comme au théâtre. Après tu donnes de la musicalité à tes distorsions de voix et ça fait une chanson, tu y ajoutes des mots et des images très évocatoires et invocatoires et ça te fait de la poésie chantée et mise en musique. Mais à la base c'est comme être le marionnettiste et la marionnette à la fois. Tu laisses s'exprimer un personnage en toi avec une histoire, une voix, une personnalité, puis tu lui donnes une dimension artistique, esthétique. L'art est un outil de connaissance de soi, de l'univers qu'on porte en soi et de celui autour de nous, car on fond c'est la même chose qu'on peut aborder de la même façon. Au plus profond de moi ce que j'aime le plus c'est la joie de la métamorphose, je me sens unitaire quand j'expérimente ma multiplicité.
Comment tu en es venu à composer des chansons ?
Récemment je me suis posé la question, et évidemment c'est venu naturellement, mais j'ai deux prises de conscience qui m'ont amené à composer. La première c'est quand j'ai pris conscience que j'avais en permanence de la musique dans la tête. Quand je passais dans un bus, un bureau de tabac, un supermarché... Des musiques restaient dans ma tête, et c'était impossible de les enlever. Mais ça fait ça à tout le monde, quand tu dis "j'ai une musique dans la tête mais impossible de m'en débarrasser. Sauf que là c'est quand tu le sais, mais on a en permanence de la musique dans la tête. Alors j'ai pensé que les gens étaient sur un rythme ou un autre selon les moments, et que ça influait sur leur vie, sur leur comportement, leur ressenti, leur pensée, leur perception, leur psychologie. Mon but c'était alors de changer leur rythme et de les mettre sur un autre rythme grâce à la musique. La deuxième c'est quand je me suis rendu compte que je faisais des rêves et que tous les humains faisaient aussi des rêves. Ca m'a fait un coup. J'ai alors compris que chaque humain est une somme d'images qu'il a accumulées tout au long de sa vie, et même qu'il y en a des tas dans son code génétique, son ADN. Je me suis dit qu'il fallait aussi changer ces images, alors tu ajoutes de la poésie à la musique et tu arrives à ça : pouvoir transformer les images dans les gens et changer à la fois le rythme qui structure ces images. C'est comme du chamanisme, le chaman change ton rythme et t'aide à transformer positivement tes images et ton rapport avec elles. Il arrive à te les faire percevoir mais moi j'ai pas besoin de ça, on peut agir directement sur l'inconscient. On peut voir le monde comme une suite d'images rythmées par une musique, dans une permanente impermanence. On peut dire que c'est une vision cinématographique du monde.
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