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COMMANDITAIRE DU JARDIN DES DÉLICES DE JÉRÔME BOSCH

10 Mai 2017, 12:31pm

Publié par Pierre Kerroch

On sait depuis 1967 que le Jardin des Délices de Jérôme Bosch était dans le palais des comptes de Nassau à Bruxelles, en 1517, un an après la mort du peintre. Ce n’est pas Engelbrecht II, mort en 1504, qui en est le commanditaire, mais plutôt Henri III (1483-1538), qui commanda l’oeuvre à l’occasion de son mariage. Il a alors tout juste 21 ans, en 1504, et vient d’hériter d’une immense fortune. C’est en septembre de cette même année que Philippe le Beau commande à Bosch un triptyque de grande dimension représentant le Jugement Dernier (aujourd’hui perdu). Hans Belting pense que les deux amis, Henri et Philippe, auraient fait une joute lors de leur visite à s’Hertogenbosch : à celui qui commande le plus gros tableau et le sujet le plus osé. Henri est aimé de l’empereur Charles Quint, mais il refuse d’avoir de hautes fonctions, ne se rend qu’aux séances du conseil d’état où l’empereur est présent, y exprimant librement son opinion. Il est porté aux plaisirs de la vie, s’exprime avec humour et enthousiasme, demande des portraits de son couple, avec lui rajeuni et son épouse embellie. C’est le chanoine Antonio de Beatis qui, en plus d'évoquer le tableau de Bosch, décrit le palais de Nassau à Bruxelles, édifice de style gothique avec une vue incomparable, qu'il a visité avec le cardinal espagnol Louis d'Aragon le 30 juillet 1517 : nombreuses portes en trompe-l’oeil, immense lit de 50 places, pour les banquets qu’Henri organise, afin que tous ses invités trop ivres puissent se jeter dessus. Henri est plus intéressé par l’art que par la religion, aime la peinture de style Renaissance marquée par la mythologie antique, possède de nombreux tableaux de nus dans son palais. Albrecht Dürer passe lui aussi dans le palais des Nassau à Bruxelles en 1520, mais ne mentionne pas le tableau de Bosch, bizarrerie qui devait agacer son goût pour les proportions harmonieuses. Par contre il évoque le lit de 50 places et le météorite que détient Henri : « Et j’ai aussi vu la grande roche que l’orage a précipitée tout à côté du seigneur Nassau ». Bref, bien que le fait que cette roche soit tombée près de Henri soit une légende pour touristes, on peut remarquer qu'on accumule dans cet endroit les curiosités naturelles et artistiques. Il faut imaginer l’effet théâtral sur les invités ivres — ou pas — qui contemplaient fascinés l’ouverture du triptyque. Le tableau est copié durant toute cette période, et on a celle du panneau central de Michel Coxcie, ou celle exposée à Nuremberg, une autre du panneau intérieur gauche exposée au Prado, et même une tapisserie exposée à Madrid.
(photo : Portrait d'Henri III, compte de Nassau Breda, par Jan Gossaert, vers 1517, Fort Worth, Kimbell Art Museum)

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